Appel d’offres DevOps et cloud : préparer une consultation qui reçoit des offres
Un marché public français d’infogérance, de cloud ou de DevOps vaut en médiane 179 442 €, dure 48 mois et ne reçoit que deux offres ; plus d’un sur trois n’en reçoit qu’une. La façon dont la consultation est découpée et rédigée pèse donc autant que le choix des entreprises consultées.
Par la rédaction d’agencedevops.fr · données vérifiées le · méthode
Ce que montrent les marchés publics déjà attribués
Pour savoir à quoi ressemble un appel d’offres DevOps ou cloud réussi, le plus fiable reste de regarder ceux qui ont été attribués. Les acheteurs publics français publient les données essentielles de chaque marché : objet, montant, durée, procédure, nombre d’offres reçues, titulaire. Nous avons retenu les 4 090 marchés notifiés de 2022 à 2026 dont l’objet relève de l’infogérance, de l’hébergement et du cloud, de la migration, du DevOps, de la supervision, de la sécurité des infrastructures ou de la sauvegarde.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Marchés notifiés de 2022 à 2026 | 4 090 |
| Montant médian (montant publié) | 179 442 € |
| Un marché sur quatre dépasse | 605 854 € |
| Durée médiane | 48 mois |
| Offres reçues (médiane) | 2 |
| Marchés attribués avec une seule offre | 36,4 % |
| Part passée en accord-cadre | 33,7 % |
Source : données essentielles de la commande publique (DECP consolidées, data.gouv.fr), marchés notifiés de 2022 à 2026 dont l’objet relève du segment, relevé du 2 octobre 2026. Montants : 3 816 marchés au montant renseigné et cohérent.
Trois chiffres ressortent. Le montant médian, 179 442 €, place la moitié des marchés au-dessus du seuil européen de 140 000 € HT applicable à l’État : une procédure formalisée est donc la règle pour les administrations centrales. La durée de 48 mois traduit des contrats pensés pour durer. Et le faible nombre d’offres, deux en médiane, signale un marché peu concurrentiel, où une consultation mal calibrée peut se retrouver avec un seul candidat.
Les écarts entre types de prestations
| Objet du marché | Marchés | Montant médian | Durée médiane | Offres (médiane) | Une seule offre |
|---|---|---|---|---|---|
| infogérance d’infrastructure et de serveurs | 378 | 233 142 € | 48 mois | 2 | 40,4 % |
| hébergement et cloud | 1 245 | 176 647 € | 48 mois | 2 | 44,2 % |
| migration vers le cloud ou un nouvel hébergement | 53 | 156 956 € | 36 mois | 2 | 42,5 % |
| DevOps, CI/CD et infrastructure as code | 34 | 191 160 € | 48 mois | 7 | 11,1 % |
| supervision, astreinte et SRE | 514 | 220 000 € | 48 mois | 2 | 32,8 % |
| sécurité des infrastructures | 525 | 152 500 € | 46 mois | 4 | 19,3 % |
| sauvegarde et plan de reprise | 429 | 135 000 € | 48 mois | 3 | 33,2 % |
Source : DECP consolidées (data.gouv.fr), relevé du 2 octobre 2026. Un marché peut relever de plusieurs lignes ; « une seule offre » est calculé sur les marchés qui renseignent le nombre d’offres reçues.
Les consultations qui portent explicitement sur le DevOps, l’intégration continue ou l’infrastructure as code reçoivent nettement plus d’offres que celles d’infogérance ou d’hébergement : sept en médiane, et seulement une sur neuf avec un candidat unique. Ce sont souvent des achats de compétences, sous forme de profils et de jours, auxquels beaucoup de sociétés de conseil peuvent répondre. À l’inverse, reprendre l’exploitation d’un système d’information ou l’héberger demande des moyens que peu d’entreprises engagent sur un marché donné : centre de services, astreinte, salle d’hébergement ou contrat cadre avec un fournisseur de cloud.
Quelques consultations récentes, pour fixer les idées
| Acheteur et objet | Montant publié | Durée | Offres |
|---|---|---|---|
| Direction des services administratifs et financiers (État) : assistance à l’intégration et au déploiement continu d’applications, mars 2025 | 20 000 000 € | 48 mois | 4 |
| Département de la Seine-Maritime : développement d’applications et prestations « DevSecOps », octobre 2025 | 1 400 000 € | 12 mois | 13 |
| France Télévisions : prestation de développeur Kubernetes et Terraform, septembre 2026 | 640 000 € | 48 mois | 4 |
| Office public de l’habitat des Hautes-Pyrénées : migration, hébergement, infogérance et sécurisation dans un cloud privé, décembre 2025 | 550 478 € | 48 mois | 6 |
| Syndicat des eaux d’Île-de-France : infogérance de la migration vers le cloud Bleu, août 2026 | 156 956 € | 16 mois | 1 |
| Seqens : accompagnement, conseil et mise en œuvre d’une démarche DevOps, février 2026 | 17 321 € | 1 mois | 1 |
Pour un accord-cadre, le montant publié correspond le plus souvent au maximum autorisé sur toute la durée, pas à la dépense réelle. Les petits marchés de conseil DevOps, à quelques dizaines de milliers d’euros, existent aussi : ils servent souvent de diagnostic avant une consultation plus large.
Structurer la consultation pour recevoir de vraies offres
Découper en lots cohérents
Le premier levier est l’allotissement. Un marché unique qui mêle migration, exploitation 24/7, sécurité et développement exclut d’emblée les spécialistes. Trois lots couvrent la plupart des cas : construction ou migration de la plateforme, exploitation et maintien en condition opérationnelle, expertise ponctuelle (audit, sécurité, FinOps). Chaque lot doit pouvoir être exécuté seul, avec des interfaces écrites entre titulaires.
Décrire l’existant avec des chiffres
Un candidat ne peut pas chiffrer sérieusement « l’infogérance de notre système d’information ». Il lui faut un inventaire : nombre de serveurs et de machines virtuelles, systèmes d’exploitation et versions, bases de données et volumes, environnements (production, recette, développement), outils de déploiement en place, incidents des douze derniers mois, plages de service attendues. Plus l’inventaire est précis, plus les prix sont comparables et plus les réserves de prudence fondent.
Exiger des engagements mesurables
Les niveaux de service doivent être chiffrés : délai de prise en charge par niveau de gravité, délai de rétablissement, disponibilité mensuelle mesurée, fréquence et durée de rétention des sauvegardes, objectifs de reprise (RTO) et de perte de données (RPO). Prévoyez les pénalités, mais aussi la façon dont la mesure est faite et partagée, sans quoi personne ne pourra les appliquer.
Préparer la sortie dès l’entrée
La réversibilité est la clause la plus souvent oubliée et la plus coûteuse à négocier après coup. Demandez dans la consultation un plan de réversibilité chiffré : documentation à jour, code d’infrastructure remis dans votre dépôt, comptes cloud ouverts à votre nom, durée et prix de l’accompagnement de sortie.
Pondérer la technique plus que le prix
Sur des prestations d’exploitation, un écart de prix de 15 % pèse peu face au coût d’une panne longue. Une pondération de 60 % sur la valeur technique, appréciée sur un mémoire structuré et une soutenance, et de 40 % sur le prix, laisse sa chance à une offre plus chère mais mieux construite. Une mise en situation, par exemple le traitement d’un incident fictif, départage mieux les candidats qu’un mémoire générique.
Dans une entreprise privée : RFI, RFP, puis atelier
Hors commande publique, la procédure est libre, mais les mêmes principes valent. Une demande d’information courte (RFI) auprès de huit à dix entreprises permet de vérifier qui maîtrise votre environnement et de réduire la liste à quatre ou cinq. La consultation détaillée (RFP) leur transmet l’inventaire, les niveaux de service attendus et la grille de notation. Un atelier de deux heures avec chaque finaliste, sur votre architecture réelle, vaut ensuite plus qu’un dossier de cinquante pages. Comptez six à dix semaines entre la RFI et la signature.
Qui consulter
Quatre familles d’entreprises répondent à ces consultations : les grandes entreprises de services numériques, présentes sur presque tous les gros marchés ; les infogéreurs, qui exploitent des serveurs et souvent leurs propres salles ; les cabinets et pure players du DevOps et du cloud, plus rares sur l’exploitation au long cours mais très présents sur la construction et l’expertise ; les agences, qui associent développement et mise en production. Nos classements par spécialité notent ces entreprises avec le même barème et donnent un lien vers chacune. Pour l’infogérance, le modèle de cahier des charges détaille les clauses à reprendre, et la page prix donne les repères de budget.
Vous pouvez aussi décrire votre projet de consultation ci-dessous : votre demande est transmise à une agence qui vous aide à cadrer le besoin et peut répondre elle-même si le périmètre s’y prête.
Questions fréquentes
Combien d’entreprises consulter pour un appel d’offres DevOps ?
Dans le secteur privé, cinq à huit entreprises consultées donnent en général trois ou quatre réponses exploitables. Dans les marchés publics que nous avons analysés, la médiane est de deux offres reçues, et 36,4 % des marchés n’en reçoivent qu’une : solliciter activement des candidats avant la publication change souvent le résultat.
Faut-il séparer le projet (build) et l’exploitation (run) ?
Souvent oui. Un lot pour la migration ou la construction de la plateforme et un lot pour l’exploitation permettent à des spécialistes de répondre sur chaque partie et évitent qu’un seul candidat capable de tout faire ne se retrouve seul en lice. Prévoyez alors une clause de passation entre les deux titulaires.
Quelle durée retenir pour un marché d’infogérance ?
La durée médiane observée est de 48 mois, qui est aussi la durée maximale ordinaire d’un accord-cadre public. Une durée ferme plus courte avec reconductions laisse une porte de sortie si la qualité de service n’est pas au rendez-vous.
Un appel d’offres DevOps peut-il porter sur des jours-homme ?
Oui, c’est fréquent sous forme d’accord-cadre à bons de commande avec un bordereau de prix unitaires par profil. Le risque est d’acheter du temps plutôt qu’un résultat : associez à chaque bon de commande un livrable et un critère d’acceptation.
À partir de quel montant faut-il une procédure formalisée ?
Pour les fournitures et services, 140 000 € HT pour l’État et 216 000 € HT pour les collectivités et les autres acheteurs, seuils applicables en 2026 et 2027. Sous 60 000 € HT, l’acheteur public peut traiter sans publicité ni mise en concurrence préalables depuis le 1er avril 2026.
Sources
- Données essentielles de la commande publique, DECP consolidées : data.gouv.fr/fr/datasets/donnees-essentielles-de-la-commande-publique-consolidees-format-t
- Seuils européens 2026-2027, règlement délégué (UE) 2025/2152 : marche-public.fr/contrats-publics/CCP-publication-nouveaux-seuils-2026.htm
- Seuil de dispense porté à 60 000 € HT au 1er avril 2026, décret n° 2025-1386 : blog.landot-avocats.net/2026/04/01/marches-publics-relevement-du-seuil-de-dispense-de-proc